Christian Julia
écrits
Ecrits
Théâtre
Fausse note à Broadway
Les personnages

Le cabaret

- Corbinelli (le patron)
- Sophia (la fille du patron)
- Cecil (danseur et chanteur)
- Jean (danseuse et chanteuse)
- Diana 1 (danseuse, chanteuse et pianiste)
- Diana 2 (danseuse et chanteuse, sœur de Diana 1)
- Mason (marionnettiste)
- Lawrence (magicien)
- Vic (chanteur travesti)
- Slim (barman)
- Barrett (homme à tout faire)
- Maître Cunningham (avocat)

Les autres

- Dan Spency (inspecteur de police)
- Mike Hawkins (son adjoint)
- Kate Maureen (journaliste)
- Reagan (artiste au chômage)

Note : Chaque comédien tient plusieurs rôles :
- Corbinelli est aussi l’adjoint.
- Cécil est aussi l’Inspecteur.
- Jean est aussi la journaliste.
- Vic est aussi l’avocat et Reagan.
- Lawrence est aussi Slim.
- Mason est aussi Barrett.

Les décors

La scène est divisée en trois espaces :

- Au centre, la scène et la salle du cabaret (avec une ou deux tables).
- Côté jardin, le bureau de Corbinelli.
- Côté cour, les loges.

Les numéros

La pièce est entrecoupée de vrais numéros de music-hall : danse, chant, magie, marionnette...

Ecriture

L’écriture de la pièce a été menée à partir d’improvisations de tous les membres de la troupe Manivel.

Musique

La musique du spectacle a été créée par Didier Julia.

SCENE 1
Dans la salle
Corbinelli, Slim, puis Barrett.

CORBINELLI
Slim, un whisky !
SLIM
OK, patron… Nouvelle cuvée ! Encore un que les conservateurs n’auront pas !
CORBINELLI
J’espère que tu as réglé ta cotisation à la ligue antialcoolique ?!
SLIM
Bien sûr, patron. À la santé de Morris !

Un temps.

CORBINELLI
Tout va comme tu veux ?
SLIM
On fait aller.
CORBINELLI
Pas beaucoup de monde ce soir.
SLIM
Ce soir, y’a le meeting… Et puis, faut dire que les temps sont durs.
CORBINELLI
Oui, très dur, Slim. Je ne sais pas si on sortira de cette foutue crise… Enfin… Pas détestable ce whisky…
SLIM
C’est Burny.
CORBINELLI
Efficace, Burny… Ça s’est bien passé ?
SLIM
Vingt caisses, comme d’habitude… Pas souvent qu’on vous voit ici… Vous restez pour la seconde partie ?
CORBINELLI
Oui…

Barrett entre et se dirige vers Slim.

BARRETT
Le patron est là ce soir ?
SLIM
T’as vu l’heure ?
BARRETT
Ouais, je sais, je suis en retard. Il a demandé après moi ?
SLIM
Non, mais Cecil va te passer un savon ! Il a pas raté Vic tout à l’heure…
BARRETT
Merde… Ah ! Patron, vous êtes là ?
CORBINELLI
Ah ! Mon petit Barrett… Justement, je voulais te voir. Qu’est-ce que tu penses de la revue ?
BARRETT
Oh ! Elle est chouette…
CORBINELLI
Tiens, c’est curieux. Moi je la trouve plutôt détestable.
BARRETT
Ouais, ouais… Finalement, elle est pas si chouette que ça.
CORBINELLI
Il va falloir que ça change… d’une manière ou d’une autre…
BARRETT
Comptez sur moi, patron…

SCENE 2
Dans la salle
Corbinelli, avocat.

L’avocat Cunningham entre et se dirige vers Corbinelli. Barett s’éclipse discrètement.

AVOCAT
Bonsoir, monsieur Corbinelli, j’espère que je ne vous ai pas fait attendre ?
CORBINELLI
Non, maître Cunningham, vous êtes à l’heure… Vous êtes un homme précis.
AVOCAT
Monsieur Corbinelli, la précision est le scrupule principal des hommes d’affaires.
CORBINELLI
Les affaires… Ah ! Les affaires ! Elles ne vont pas très bien en ce moment, n’est-ce pas ?
AVOCAT
La conjoncture actuelle n’est guère propice aux activités qui requièrent une certaine intégrité. Bien entendu, je parle du cabaret.
CORBINELLI
C’est curieux… Je croyais qu’en temps de crise, les gens avaient besoin de se distraire.
AVOCAT
Le public réclame des distractions plus épicées.
CORBINELLI
Comme le meeting de votre ami Morris ?
AVOCAT
Je ne pensais pas à cela… Mais j’imagine que vous ne m’avez pas fait venir ici pour me parler de la campagne électorale.
CORBINELLI
D’une certaine manière, si. Nous sommes de vieux amis, Cunningham…
AVOCAT
J’espère que vous n’en doutez pas, monsieur Corbinelli.
CORBINELLI
Nous avons fait de bonnes affaires ensemble, Cunningham…
AVOCAT
Il est vrai. Néanmoins, avec cette crise…
CORBINELLI
Avec cette crise, chacun essaie de se débrouiller… et l’on pourrait être tenté de négliger certains de ses amis… cher ami…
AVOCAT
Que voulez-vous dire, monsieur Corbinelli ?
CORBINELLI
En période électorale, il faut savoir mettre le prix pour se faire de nouveaux amis.
AVOCAT
Certes, les bons comptes font les bons amis.
CORBINELLI
C’est de vous que je parle, Cunningham !
AVOCAT
Pardon ?!
CORBINELLI
Vous avez parfaitement entendu, Cunningham. Vous avez détourné une parte des fonds du cabaret pour soutenir la campagne de Morris.
AVOCAT
Oseriez-vous mettre en doute mon intégrité ?
CORBINELLI
Vous m’avez trahi, Cunningham. J’en ai la preuve !
AVOCAT
Monsieur Corbinelli, je…
CORBINELLI
Vous êtes un voleur.

SCENE 3
Sur scène

Numéro de Cecil et Jean.

SCENE 4
Dans les loges
Diana 1, Diana 2, Cecil, Jean, Lawrence.

DIANA 1
(À DIANA 2) On a beau dire, il est pas mal Morris.
LAWRENCE
Intéressant, ce regard.
DIANA 2
Cecil, tu ne trouves pas qu’il a été un peu trop dur avec Vic ?
CECIL
Tu te mets à défendre les hommes maintenant ?
JEAN
Avec Vic, Diana est à moitié pardonnée…
CECIL
Diana est prête, on y va.

SCENE 5
Sur scène

Numéro de Lawrence, le magicien.

SCENE 6
Dans les loges
Cécil, Jean, Diana 1, Diana 2, Barett, Lawrence.

CECIL
Dur, ce soir, pas moyen de les dégeler.
JEAN
Dans le genre public de bonnes sœurs, on fait pas mieux !
CECIL
Tu rigoles ! Elles sont toutes au meeting de Morris.
JEAN
Dis-moi, mon chou… Attention aux fausses notes ! Ton Luigi est dans la salle.
DIANA 1
Oh ! À moi, il me pardonne tout !
CECIL
Ouais, ben ce soir, il est peut-être pas d’humeur à pardonner…

Barrett entre.

BARETT
Ouais, surtout que moi je peux vous dire que votre cote, elle est plutôt en baisse !
DIANA 2
Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Il t’a dit quelque chose ?
BARETT
Va falloir que ça change, les cocos…
CECIL
Va falloir changer les lumières, mon coco… Où est Mason ?
JEAN
Parti consoler Vic, probable !
BARETT (SORTANT)
En tout cas, je vous aurai prévenus… Faudra pas venir pleurer… Va falloir que ça change !

Il sort. On le suit en scène.

SCENE 7
Dans la salle
Corbinelli, l’avocat.

CORBINELLI
Sans moi, vous ne seriez rien… Je vous donne une heure pour me rendre les fonds que vous avez détournés, sinon…
AVOCAT
Sinon ? Vous n’avez pas intérêt à vous en prendre à moi, monsieur Corbinelli, je suis plus puissant que vous ne le pensez.
CORBINELLI
Une heure, Cunningham.
AVOCAT
Vous avez tort, monsieur Corbinelli.
CORBINELLI
Ne perdez pas de temps.
AVOCAT
(SE LEVANT) À très bientôt, monsieur Corbinelli.

L’avocat en sortant rencontre Sophia qui vient de rentrer dans la salle.

AVOCAT
Bonsoir, mademoiselle Corbinelli.

Sophia ne répond pas et va s’installer à la table de son père.

SCENE 8
Dans la salle
Corbinelli, Sophia.

SOPHIA
Bonsoir.
CORBINELLI
Ah ! Sophia ! Tu vas bien ?
SOPHIA
Tu travailles toujours avec Cunningham ?
CORBINELLI
Ce sont mes affaires… Ne parlons pas de cela ce soir. Ce soir est un soir de fête, Sophia, non ?
SOPHIA
Ah ? Pourquoi ?
CORBINELLI
Comment, pourquoi ! Ne me dis pas que tu as oublié !
SOPHIA
Tu fêtes ta dernière escroquerie ?
CORBINELLI
Sophia !... (Il sort un paquet et l’offre à Sophia) Tiens, c’est pour toi…
SOPHIA
Tu ne changeras jamais…
CORBINELLI
Tu ne l’ouvres pas ?... Eh bien, ouvre-le !

Elle ouvre le paquet, c’est un bijou.

Il est beau, n’est-ce pas ?

SOPHIA
Très beau.
CORBINELLI
Ah ! Je vois qu’il ne te plaît pas.
SOPHIA
Si, si, si.
CORBINELLI
Non, je le vois bien… Tu sais, j’ai eu du mal à le choisir, c’est vrai, je connais à peine tes goûts.
SOPHIA
Rassure-toi, il me plaît beaucoup.
CORBINELLI
C’est sûr ?
SOPHIA
Oui, oui.
CORBINELLI
J’aime mieux ça. Avec ce genre de bijoux, tu vois, il vaut mieux ne pas se tromper.
SOPHIA
Une erreur coûte cher.
CORBINELLI
Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.
SOPHIA
Excuse-moi.
CORBINELLI
Tu ne devines vraiment pas pourquoi je t’ai fait ce cadeau ?
SOPHIA
Non, vraiment.
CORBINELLI
Tu n’as quand même pas oublié que c’est ton anniversaire, ce soir !
SOPHIA
Mon anniversaire… C’était il y a une semaine…
CORBINELLI
Ça ne fait rien.

Un temps.

Sophia, il faudrait qu’on se voie plus souvent.

SOPHIA
Tu sais où me trouver…
CORBINELLI
Bien sûr, mais tu sais, les affaires…
SOPHIA
Non, je ne sais pas.
CORBINELLI
J’ai décidé de te consacrer une soirée par semaine.
SOPHIA
Tu es trop bon.
CORBINELLI
Comme cela, nous pourrons parler ensemble… C’est vrai, je ne sais rien de ta vie.
SOPHIA
Elle n’a pas beaucoup d’intérêt.
CORBINELLI
Ne dis pas ça. Parle-moi de tes amis... Tu as bien des amis… un ami, peut-être ?
SOPHIA
Ce sont mes affaires.

Un temps.

Tu assistes au spectacle ce soir ?

CORBINELLI
Oui.
SOPHIA
Ah ! Il est étonnant, Mason… Arriver à improviser tous les soirs…
CORBINELLI
Oui, excuse-moi un moment, j’ai à faire.

Corbinelli sort.

SCENE 9
Sur scène

Numéro de Mason.

Mason dialogue avec sa main droite comme si c’était une personne.

SCENE 10
Dans les loges
Mason, Cecil, Jean, Diana 1, Diana 2, Lawrence, Vic.

DIANA 2
Dis donc, Vic, t’as mal choisi ton jour pour arriver en retard !
VIC
Oh ! Ça suffit, fais pas ton Cecil !
MASON
(QUI ENTRE) Devinez qui est dans la salle.
TOUS
On sait !
DIANA 2
Ce qu’on sait pas, c’est pourquoi il est là.
JEAN
Nous, on a deviné !
CECIL
Bien sûr.
JEAN
J’ai l’impression que la revue va continuer sans eux.
DIANA 2
Arrêtez ! Il ne peut pas se passer de nous.
DIANA 1
Surtout de moi !
CECIL
Bon. On y va.
JEAN
Déjà prête, ma belle !
VIC
Comme toujours.

SCENE 11
Sur scène

Final.

SCENE 12
Dans les loges

Tous les comédiens reviennent en coulisses. Corbinelli est déjà installé dans les loges. Atmosphère tendue.

CORBINELLI
Bonsoir.
TOUS
Bonsoir.
CORBINELLI
J’ai l’impression que le meeting de Morris nous a enlevé des clients.
VIC
C’est vrai que comme clown…
LAWRENCE
La magie de la politique : réussir à financer une ligue antialcoolique en vendant du whisky !
DIANA 1
Ben, l’argent, c’est toujours de l’argent !

Silence lourd.

CORBINELLI
Au fait, le bijou lui a plu.
DIANA 1
J’en étais sûre. Il m’allait si bien !
DIANA 2
(A SA SŒUR) Tu le vois toujours ?!

Un temps. Puis, à Corbinelli.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire que nous a racontée Barett ? Vous voulez tous nous mettre à la porte ?

CORBINELLI
Mais non, il n’a encore rien compris !
DIANA 1
(A SA SŒUR) Ah, tu vois, je te l’avais bien dit.
CORBINELLI
Seulement, tout n’est pas parfait…
JEAN
C’est vrai qu’ici, il y en a qui feraient mieux de changer de métier.
CECIL
Tu parles pour moi, mon chou ?

Ils rient.

CORBINELLI
Les temps changent, mes enfants. Il faut savoir s’adapter. Le public réclame autre chose maintenant.
CECIL
On pourrait organiser un marathon de la danse…
CORBINELLI
J’ai assisté à la revue, ce soir. Je me suis ennuyé. Il faut changer de style, s’adapter au goût du public. Vous vous êtes assez fait plaisir comme ça. Il faut penser aux spectateurs maintenant.
VIC
Qu’est-ce que vous voulez dire ?
CORBINELLI
Je ne m’adresse pas seulement à vous. Je ne veux aucune fausse note dans la nouvelle revue. Ceux qui ne joueront pas à l’unisson seront exclus. Bonsoir.

Il sort.

CECIL
Il a bien parlé cette fois !
JEAN
Il a mis les choses au point !
DIANA 2
J’espère enfin que tu te rends compte que c’est un infâme salaud, ton Luigi !
CECIL
Ça y est ! J’ai trouvé pour vous mes chéries !
DIANA 1
Oh oui ! Quoi ?
CECIL
Un numéro de catcheuses !
JEAN
Nues, bien sûr !
CECIL
Bien sûr !
DIANA 2
Vous trouvez que c’est le moment de plaisanter. Vous croyez que c’est facile de trouver du travail ?
MASON
Il ne s’agit pas de trouver du travail mais de changer.
DIANA 2
De toute façon, on sera bien obligé de faire ce qu’il demande.
VIC
Moi, je m’en vais.
CECIL
Attends, mon chéri ! On va te trouver quelque chose. (À Jean) Qu’est-ce qu’on pourrait bien lui trouver ?
VIC
Pas la peine. Ce genre de chantage, non.
MASON
Vic !
VIC
Non…

Il sort. Un long temps.

LAWRENCE
Je vous laisse mes recherches m’attendent.

Il sort.

JEAN
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais tout ça, ça me donne faim !
CECIL
La faim justifie les moyens !
JEAN
Allez, on vous invite tous ! (À Diana 2) T’as assez d’argent ?
DIANA 2
(AVEC UN VAGUE SOURIRE) Comme toujours.
DIANA 1
Si on allait au Capitole ?

Sortie de Cecil, Jean, les deux Diana. Mason reste seul en scène.

SCENE 13

Meurtre.

SCENE 14
Dans la salle
Cadavre de Corbinelli sur scène.
Voix off : Cecil, Jean, Sophia.

SOPHIA
Qu’est-ce qui s’est passé ?
CECIL
Il a été étranglé.
SOPHIA
Vous avez appelé la police ?
CECIL
Non, on vous attendait.
SOPHIA
Téléphonez-leur. (Un temps) Où est-t-il ?
CECIL
Sur scène.
JEAN
Il vaudrait mieux ne pas y aller.
SOPHIA
Je veux le voir.
JEAN
C’est-à-dire. Il a la boîte magique sur la tête.

Sophia rentre sur scène, regarde le cadavre un moment, puis s’en va vers le bureau. Les artistes entrent dans la salle et vont boire un coup au bar.

JEAN
Finalement c’est lui qui est parti.
CECIL
Oui. Rire
JEAN
Les emmerdements vont commencer.
CECIL
Tu rigoles ! On va pouvoir garder nos numéros. (Continue à rire)
JEAN
C’est tout l’effet que ça te fait ?
CECIL
Je vais quand même pas pleurer ! (Joue la pleureuse) Ah ! Le patron il est mort ! Pauvre petit patron ! On l’aimait bien tous.
JEAN
Tu n’es pas drôle.
CECIL
OK. (Un temps. Se remet à rire) En tout cas, ça va nous amener du monde, cette histoire. Sacré Corbinelli ! C’est quand même lui qui a trouvé le numéro le plus sensationnel ! Venez admirer, braves gens, Luigi Corbinelli dans son numéro unique hélas ultime la boîte magique qui tue ! Dépêchez-vous, n’hésitez pas ! Le spectacle n’aura lieu qu’une fois et le numéro est garantie sans trucage !
JEAN
Fout le camp !
CECIL
Oui, tu as raison, je vais sortir ça pue le rat crevé ici.

Cecil sort. Jean reste seule. Arrive ensuite dans la salle l’avocat.

JEAN
Les charognards sont à l’heure.
AVOCAT
Mademoiselle Corbinelli est-elle là ?

Jean fait un mouvement de tête en direction du bureau. L’avocat se rend dans le bureau.

SCENE 15
Dans le bureau
Avocat, Sophia.

AVOCAT
Mademoiselle Corbinelli, permettez-moi de vous adresser mes plus sincères condoléances.
SOPHIA
Merci.
AVOCAT
En des circonstances aussi douloureuses, j’aurais aimé que me fut épargnée la triste obligation de vous importuner. Malheureusement vous savez que les affaires sont les affaires et que nous ne pouvons nous dérober devant certaines nécessités, Même si devons sacrifier nos aux émotions les plus compréhensibles. J’aurais souhaité que nous réglions ensemble certaines affaires d’une extrême urgence. Asseyez-vous, je vous en prie. (Elle s’assoit). Tout d’abord, il s’agit de document relatif à la succession. Voilà, vous avez simplement à signer ici. (Elle signe) Bien, une autre signature ici, voilà (Il lui soumet un autre papier) Oui, parfait je vous ai également apporté les pièces concernant la vente du cabaret.

SCENE 14-B
Dans la salle
Jean, Diana 2.

Diana 2 entre en scène.

DIANA 2
Tu as vu ma sœur ?
JEAN
J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer.
DIANA 2
Quoi ? Diana ?
JEAN
Non, Corbinelli.
DIANA 2
Qu’est-ce qu’il a encore fait ?
JEAN
Il est mort, on l’a étranglé.
DIANA 2
Écoute, plaisante pas avec ça, je sais bien que ça nous arrangerait, mais quand même…
JEAN
C’est sérieux.
DIANA 2
Merde ! (Un temps) Le cabaret va être vendu alors ?

SCENE 15-B
Dans une des loges
Sophia, avocat.

AVOCAT
Vous savez, je pense, que votre père souhaitait vendre le cabaret.
SOPHIA
AVOCAT
Oui, c’était une affaire réglée entre lui et moi. Nous avions d’ailleurs arrêté les derniers détails hier soir.
SOPHIA
J’ai besoin de réfléchir un peu avant de prendre une décision.
AVOCAT
Mademoiselle, je comprends fort bien votre réaction, néanmoins il est de mon devoir d’insister. C’est dans votre intérêt, vendre ce cabaret est devenu désormais inévitable. Allons, mademoiselle, soyez réaliste ! (Petit sourire encourageant).

SCENE 14-C
Dans la salle
Jean, Diana 1, Diana 2.

Diana 1 entre en poussant un cri perçant.

DIANA 1
La ferme !

Elle la gifle. Mason entre.

MASON
Arrêtez !
DIANA 2
(À JEAN) Ça va pas ? T’es folle !
MASON
Qu’est-ce qui se passe !?
DIANA 2
Corbinelli a été assassiné.
MASON
Quand ?
DIANA 1
Cette nuit.
DIANA 2
Sûrement un règlement de compte. Avec tous ces trafics, ça devait arriver.
MASON
À moins que ce ne soit l’acte d’un exalté.
DIANA 2
Qu’est-ce que tu veux dire ?
MASON
Oui… quelqu’un qui aurait agi sous une impulsion violente…
DIANA 1
Une femme poussée à bout, par exemple…

SCENE 15-C
Dans une des loges
Sophia, avocat.

SOPHIA
Laissez-moi tranquille !
AVOCAT
Ne faites pas l’enfant ! C’est affaire est un véritable gouffre. Du reste, votre père était très lucide. Il savait très bien que ce cabaret était une sorte de luxe qui s’offrait, mais que ce jouet ne devait certes pas entamer la stabilité de son capital. Je vous le répète, votre seul intérêt, c’est de le vendre.
SOPHIA
Je suis seule juge de mon intérêt.
AVOCAT
Excusez-moi. J’aurais dû me douter que vous ne pouviez être au courant des nécessités qu’impose la conjoncture actuelle. Laissez-moi vous expliquer. Etant donné les difficultés économiques que traverse notre pays, les entrées ne suffisent plus à couvrir les charges. Il s’ensuit logiquement… mais pardonnez-moi, j’oublie que vous êtes une femme, et que ce genre de problème ne relève guère de votre compétence…
SOPHIA
Vous connaissez mal les femmes, maître.

SCENE DE 14-D
Dans la salle
Jean, Diana 1, Diana 2, Mason puis Lawrence.

DIANA 1
Jamais une femme n’aurait pu étrangler Corbinelli !
DIANA 2
Et nous, dans tout ça, qu’est-ce qu’on va devenir ?
DIANA 1
Ce qui est sûr c’est que Sophia ne peut pas reprendre le cabaret.
DIANA 2
Et pourquoi pas ?
DIANA 1
Remarque, moi, j’ai rien contre ! Comme ça, on resterait tous ici !

Entre Lawrence.

LAWRENCE
Pourtant, l’un d’entre nous devra partir…
DIANA 1
Ben qui ?
LAWRENCE
L’assassin… (les détaillant successivement ) vous… vous… ou vous… ou vous…
JEAN
Ou toi !
LAWRENCE
Bien sûr !

À ce moment on entend la voix de Sophia.

SOPHIA
Sortez !
AVOCAT
(APPARAISSANT DANS LA SALLE, ET, SE RETOURNANT VERS LE BUREAU) À très bientôt mademoiselle Corbinelli.

L’avocat sort.

SCENE 16
Dans la salle
Sophia, Jean, Diana 1 et Diana 2, Mason, Lawrence.

Silence, puis Sophia entre dans la salle. Temps.

SOPHIA
Je garde le cabaret… (Un temps) et les artistes (frémissement général). Ce soir, comme d’habitude. Cecil n’est pas là ?
JEAN
Je sais où il est, je vais chercher.
SOPHIA
Vic a été prévenu ?
MASON
Je vais l’appeler.

Il sort. Le magicien s’est éclipsé lui aussi.

DIANA 2
Vous savez, on est tous… Très contents… Bon, il faut que j’y aille… Bon, ben, j’y vais.

Reste en scène Diana 1 et Sophia. Regard, voire plus. Sophia sort. Diana 1 a commencé à jouer.

SCENE 17
Dans la salle
Diana 1 au piano, inspecteur, adjoint, puis Diana 2.

INSPECTEUR
(TOUSSANT) Où sont mes pastilles ?… Mike, vous en voulez une ?
ADJOINT
Non, non, ça va. Merci, chef.
INSPECTEUR
Mais si, Mike, Ça peut pas faire de mal… c’est bien ici le… ?
ADJOINT
Oui, c’est ici. Vous connaissez ?
INSPECTEUR
Non, je ne fréquente pas ce genre d’endroit… de toute façon, je ne sors pas le soir. Sauf professionnellement.
ADJOINT
Vous n’étiez pas au meeting de Morris, hier soir ?
INSPECTEUR
Si, ma femme voulait absolument y aller… c’est là que j’ai attrapé ce foutu rhume ! Du reste, il dit des choses bien, ce Morris.
ADJOINT
Question de point de vue… C’est singulier ici, vous ne trouvez pas ?… Et puis cette odeur…
INSPECTEUR
Ouais, ça sent le rat crevé.
ADJOINT
Mais non, c’est pas ça !… Il y a quelque chose, ici.
INSPECTEUR
Pas terrible, cette musique !
ADJOINT
Par contre, la fille qui la joue… hé…
INSPECTEUR
Question de point de vue, Mike… Dan Stacy, police.
ADJOINT
Mike Hawkins, police également.
DIANA 1
Ah ! La police…
INSPECTEUR
Votre nom ?
DIANA 1
Diana, je danse avec ma sœur…
INSPECTEUR
Mais j’avais pas l’intention de vous inviter !
DIANA 1
Écoutez, la revue va commencer ! C’est pas le moment m’interroger !
INSPECTEUR
Que faisiez-vous à l’heure du crime ?
DIANA 1
Ben, je dormais !
INSPECTEUR
Vous avez été témoins.
DIANA 1
Ben, j’aimerais bien !
ADJOINT
D’après vous, c’est quelqu’un du cabaret qui a fait le coup ?
DIANA 1
Pourquoi quelqu’un de cabaret ? Y’avait pas que le cabaret dans la vie de Corbinelli.
ADJOINT
Vous le connaissiez bien, ce Corbinelli ?
DIANA 1
Oh ben, je l’ai pas mal connu…
INSPECTEUR
Ouais… Et sa fille, vous la connaissiez ?
DIANA 1
Pas de la même façon…
ADJOINT
D’après le testament, elle est la seule héritière…
DIANA 1
(DEÇUE) Ah ! (Temps) Alors c’est pour ça qu’hier soir…

Elle est interrompue par Diana 2 qui surgit après avoir observé la scène.

DIANA 2
(FEIGNANT LA COLERE POUR FAIRE DIVERSION) Dis donc, Diana, t’as vu ta jupe dans quel état elle es ! Franchement, t’exagères. T’aurais quand même pu la mettre sur un cintre. (À l’inspecteur) Non mais, vous oseriez mettre ça !
INSPECTEUR
Votre nom !
DIANA 2
Diana. Je danse avec ma sœur.
INSPECTEUR
(À L’ADJOINT) L’enquête va être difficile. (À Diana 2) Qu’avez-vous fait le soir du crime ?
DIANA 2
Écouter, franchement, c’est pas le moment denous interroger. La revue va commencer…

Elle sort en entraînant sa sœur.

ADJOINT
On n’a pas beaucoup avancé avec celles-là !
INSPECTEUR
Crois pas ça, mon p’tit Mike. Avec l’expérience tu comprendras que c’est avec ceux qui en disent le moins qu’on en apprend le plus !

SCENE 18
Dans la salle
Inspecteur, adjoint, Lawrence.

LAWRENCE
Beau principe, inspecteur !
INSPECTEUR
Dan Spency, police fédérale.
ADJOINT
Mike Hawkins… (l’adjoint cherche sa carte)
LAWRENCE
(LA LUI RENDANT) Police fédérale, je suppose ?
INSPECTEUR
Votre nom ?
ADJOINT
Boris Lawrence, magicien.
LAWRENCE
Mais je suis plus connu sous le nom de Lawrence Boris pour ses travaux sur l’hypnose transcripturelle.
INSPECTEUR
Monsieur Lawrence, vous savez que Luigi Corbinelli est mort étranglé, la boîte magique n’a donc pas servi à le tuer. D’après vous, pourquoi l’assassin l’a-t-il placée sur la tête de la victime ?
LAWRENCE
Demandez-le lui.
ADJOINT
Nous supposons qu’il a voulu orienter les soupçons sur vous.
LAWRENCE
Raisonnement simpliste.
INSPECTEUR
C’est bien de notre avis. Finalement la présence de cette boîte vous innocenterait plutôt.

Silence.

LAWRENCE
Continuez, vous m’intéressez, inspecteur.
ADJOINT
Vraiment ?… Mais si vous aviez tué Corbinelli…
LAWRENCE
Oui…
INSPECTEUR
Vous avouez ?
LAWRENCE
Non, j’étudie vos hypothèses… Si j’avais tué Corbinelli…
ADJOINT
Vous auriez pu placer vous-même la boîte à couteaux pour vous disculper.
LAWRENCE
Mais vous ne seriez pas tombé dans un tel piège !
INSPECTEUR
Que faisiez-vous à l’heure du crime ?
LAWRENCE
À quelle heure a eu lieu le crime ?
ADJOINT
Vous avez des ennemis au cabaret ?
LAWRENCE
Le lion et la gazelle courent dans la même direction quand le chasseur apparaît.
ADJOINT
N’importe qui peut utiliser la boîte à couteaux ?
LAWRENCE
Je ne suis pas n’importe qui.
ADJOINT
Mais en dehors de vous, qui sait utiliser ?
LAWRENCE
À part l’assassin, je ne vois pas.
INSPECTEUR
La boîte magique, nous aimerions l’examiner.
LAWRENCE
C’est impossible, les magiciens n’ont pas le droit de révéler leurs secrets à des étrangers.
INSPECTEUR
Monsieur Lawrence, je vous rappelle qu’il y a eu un meurtre et que nous sommes de la police.
LAWRENCE
Navré, Messieurs, mais je dois garder le secret, c’est une question de morale.
INSPECTEUR
Vous bernez le public tous les soirs et vous parlez de morale !
LAWRENCE
Nous ne parlons pas de la même morale.
INSPECTEUR
Vous commencez à m’agacer, monsieur Lawrence.
LAWRENCE
Rassurez-vous, vous n’êtes pas la première personne que j’agace.
INSPECTEUR
Je peux faire fermer ce cabaret, monsieur Lawrence.
LAWRENCE
Pensez à votre carrière, Inspecteur, nos clients sont en général très influents…
ADJOINT
Nous ne craignons pas de leur déplaire.
INSPECTEUR
Doucement, Mike. Fermer le cabaret ne servirait à rien.
ADJOINT
Si monsieur Lawrence tient à garder le secret de sa boîte magique, au moins peut-il nous faire une démonstration ?
LAWRENCE
Pourquoi pas ? Inspecteur, voulez-vous me servir de comparse ?
INSPECTEUR
Allez-y, Mike !
LAWRENCE
Jeune homme, si vous voulez bien vous asseoir…

Numéro de la boîte magique.

LAWRENCE
Voilà messieurs, j’espère que vous êtes satisfaits ?
INSPECTEUR
Alors, Mike, quel est le truc ?
ADJOINT
Je ne peux rien vous dire, question de morale !

Le magicien sort.

SCENE 19
Sur scène

Numéro Mason n°2

SCENE 20
Dans les loges

Le magicien montre à Mason qu’il a retrouvé son gant.

SCENE 21

Flash-back n°1.

SCENE 22
Dans la salle
Slim, Kate, puis Barrett.

Slim est au bar, il s’active. Kate, la journaliste, entre.

SLIM
Bonsoir madame.
KATE
Mademoiselle !
SLIM
Vous cherchez quelque chose ?
KATE
Je cherche la vérité… La porte du cabaret était ouverte, je me suis permis d’entrer… c’est bien ici qu’il y a eu un meurtre ?
SLIM
Vous êtes de la police ?
KATE
Oh pardon ! Je ne me suis pas présentée : Kate Maureen, journaliste, je dois avoir ma carte quelque part… Elle cherche.
SLIM
Vous fatiguez pas…
KATE
Je crois que c’est le patron qui a été tué…
SLIM
Faut vous dire, les interrogatoires et moi…
KATE
Oh ! Rassurez-vous ! Je veux pas vous soumettre à un interrogatoire !… Je veux juste vous poser quelques questions… il y a longtemps que vous travaillez ici ?

Slim ne répond pas.

Je boirais bien quelque chose…

SLIM
Un soda ?
KATE
Vous n’auriez pas quelque chose de plus…
SLIM
Un cocktail maison ?
KATE
Oui.

Il la sert. Elle boit.

KATE
Ouh ! C’est drôlement fort !

Barrett entre.

BARRETT
Slim, un jus de carottes !
KATE
(A
SLIM
) Selon vous, Corbinelli avait-il des ennemis ?
SLIM
Il avait aussi des amis.
BARRETT
Z’êtes journaliste ?
KATE
Oui, je travaille au Globe… Je m’appelle Kate Maureen.
BARRETT
Moi, c’est Barrett… Mon p’tit nom, c’est Tony…
KATE
Et vous faites quoi ici ?
BARRETT
Tout !
KATE
Tout ?
BARRETT
Ben oui ! Comme qui dirait, c’était moi et Corbinelli qu’on s’occupait de la boîte… Alors comprenez, maintenant qu’il est mort, c’est moi qui fais tout…
KATE
Oui, oui, je comprends… mais donc vous allez pouvoir m’apprendre beaucoup de choses sur les gens qui travaillent ici ?
BARRETT
Ça, c’est sûr que j’en ai des choses à dire ! Sont tous détraqués ici !
KATE
C’est normal, les artistes, ce sont plutôt des gens à part…
SLIM
Qu’est-ce que vous en savez ?
BARRETT
L’écoutez pas ! Il vaut pas mieux qu’eux ! Heureusement que Corbinelli avait les pieds sur terre… enfin moi surtout, parce que Corbinelli, par moment… vous voyez ce que je veux dire…
SLIM
T’as pas fini, espèce de minable ! Décidément, tu comprendras jamais rien au cabaret ! Allez, fous le camp ! Tu me dégoûtes !

Barrett s’en va. Long silence gêné.

KATE
Vous pouvez me resservir un autre cocktail ? C’est vraiment très bon… Vous savez, faut pas m’en vouloir, ça fait pas longtemps que je fais ce métier. Et puis, je vous fais une confidence… c’est la première fois qu’on me confie une enquête aussi importante. En plus, le monde du cabaret, je connais pas bien. Je vais vous paraître bête, mais tout à l’heure en entrant, j’étais pas très à l’aise.
SLIM
(AVEC UN SOURIRE ET LUI TENDANT SON COCKTAIL) Et maintenant ça va mieux ?
KATE
Merci, vous êtes gentil…
SLIM
Restez pour la revue… Vous comprendrez mieux les gens…
KATE
Bon… Mais…
SLIM
Qu’est-ce qu’il y a ?
KATE
C’est un peu cher pour moi…
SLIM
Vous inquiétez pas… On arrangera ça.
KATE
Oh ! Vous êtes chouette !

La journaliste va s’installer à une table.

SLIM
Non, pas ici. C’est la table de mademoiselle Corbinelli.
KATE
Ah bon ? Elle assiste à la revue ? Je vais pouvoir lui parler alors !
SLIM
Peut-être.

Sophia entre en scène. Slim lui glisse un mot à l’oreille. Elle acquiesce. Elle se dirige ensuite vers sa table. Kate se lève pour lui parler mais se rassoit, Sophia ne voulant manifestement pas lui adresser la parole.

SCENE 23
Sur scène
Vic, Diana 1, Mason.

Chanson de Vic.

Diana 1 est au piano, Mason arrive pendant la chanson et s’assoit à une table dans la salle.

Fin de la chanson.

SCENE 24
Vic, Mason.

Mason applaudit.

VIC
Alors ?
MASON
Bien. C’est vous qui l’avez composée ?
VIC
Non, un ami. Vous avez vu l’article que je vous ai passé ?
MASON
Oui
VIC
Vous allez vous en servir ?
MASON
Depuis la mort de Corbinelli, je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de parler d’autre chose…

Un temps.

Vic Terry ?

MASON
Oui ?
VIC
Pouvez-vous me rendre un service ?
MASON
Oui
VIC
Je suis coupable…
MASON
Comment ?
VIC
Je suis coupable, inspecteur…

Un temps.

MASON
Qu’avez-vous fait après la revue ?
VIC
Comme d’habitude, inspecteur, je me suis démaquillé, j’ai pris mon sac et je suis rentré chez moi.
MASON
Comme tous les soirs… ?
VIC
Non, pas comme tous les soirs. Il faut que je vous explique, inspecteur… Je laisse toujours mes clés chez le concierge.
MASON
Et vous réveillez le concierge tous les soirs à trois heures du matin ?
VIC
Non, en fait, le fils de concierge se lève à cette heure-là pour aller travailler. Il me les donne quand nous nous croisons. Seulement le soir du crime, comme j’étais un peu en retard, quand je suis arrivé, le fils du concierge était déjà parti… Je n’ai pas osé réveiller le concierge…
MASON
Qu’est-ce que vous avez fait alors ? (Temps) Vous avez marché un peu au hasard dans les rues…
VIC
Oui c’est ça. En fait, j’avais pas vraiment envie de dormir.
MASON
Pourquoi ?
VIC
J’avais besoin de parler à quelqu’un.
MASON
Vous vous êtes donc promené. Vous aviez besoin de parler à quelqu’un. Mais de quoi aviez-vous besoin de parler ?
VIC
Tu sais très bien… Ce soir-là n’était pas un soir comme les autres.
MASON
Non, ce soir-là, vous n’aviez pas envie de rentrer chez vous. Vous êtes revenu au cabaret. Vous vouliez le revoir… Une dernière fois.
VIC
Oui, j’y avais travaillé tellement longtemps…
MASON
Le cabaret était désert. Vous êtes revenu dans les loges. Vous êtes remonté sur scène. Pour jeter un dernier coup d’œil à la salle… Puis vous avez entendu du bruit…
VIC
Oui, dans le bureau de Corbinelli. J’ai voulu voir ce que c’était. Je me suis approché…
MASON
Vous avez poussé la porte…
VIC
Je l’ai vu, assis à son bureau…
MASON
Il faisait la caisse…
VIC
Il comptait ses billets…
MASON
Il ne nous a pas vu entrer…
VIC
Il tournait le dos.
MASON
Vous vous êtes approché.
VIC
Sans faire de bruit.
MASON
C’était tentant.
VIC
Je lui en voulais tellement.
MASON
Ça paraissait si facile…
VIC
J’ai tendu mes mains…
MASON
Vous avez serré…
VIC
Serré…
MASON
C’était toute votre vie qu’il avait remis en question.
VIC
Oui, toute ma vie. Il fallait qu’il meure…

Effondrement de Vic.

VIC
Vous savez, Terry, souvent, le soir, après la revue, j’ai envie de venir chez vous pour parler, comme ça. Je n’ai jamais osé… C’est bête… Sauf une fois, le soir où il est mort… mais vous n’étiez pas chez vous…

Un temps.

MASON
Maintenant vous connaissez mon histoire…

Il sort.

SCENE 25
Vic, inspecteur, adjoint.

INSPECTEUR
Ah ! Bonsoir : Vous êtes mademoiselle Corbinelli ? Silence de Vic. Mademoiselle Corbinelli ?
VIC
Bonsoir inspecteur.
INSPECTEUR
J’aurais quelques questions à vous poser.
ADJOINT
Je crois qu’on s’est trompé de femme.
INSPECTEUR
Qui êtes-vous ?
VIC
Je m’appelle Vic.
INSPECTEUR
Vic ? Ah ! Oui, le travesti… Une pastille, Mike ?
VIC
Je fais un numéro de chant, inspecteur. Pas de travesti.
INSPECTEUR
Oui, bien sûr. Bien, excusez-moi, je cherche mademoiselle Corbinelli. Vous ne savez pas où je pourrais la trouver ?
VIC
Je crois qu’elle ne viendra pas ce soir.
INSPECTEUR
Ah ! C’est embêtant. J’aurais voulu parler. (Fausse sortie)
ADJOINT
Puisqu’on est là, on pourrait en profiter pour interroger Monsieur…
INSPECTEUR
Doit-on vous appeler Monsieur ou Madame… Tiens, c’est marrant ce truc-là (L’inspecteur prend un poudrier).
VIC
Comme vous voudrez. On m’appelle Vic.
INSPECTEUR
Bien. Va pour Vic… Qu’avez-vous fait le soir du meurtre ?
VIC
Rien de particulier. Après la revue, le patron est venu nous voir dans les loges.
INSPECTEUR
Oui, je sais… Il vous a annoncé qu’il voulait changer tous les numéros. Ah ! Zut ! Je suis vraiment maladroit…
VIC
C’est ça. Pour moi, ce n’était pas compliqué. Je n’avais qu’à changer le répertoire…
INSPECTEUR
Votre numéro est quand même très spécial.
VIC
Si vous voulez.
INSPECTEUR
C’est un numéro de travesti.
VIC
Pas réellement. Avant de monter sur scène, je ne me déguise pas en femme. J’enfile une robe, voilà tout.
INSPECTEUR
Oui, bref… vous avez écouté Corbinelli et qu’est-ce que vous avez fait après ? Décidément, j’en ai renversé partout…
VIC
Je suis rentré chez moi.
INSPECTEUR
Quelqu’un pourrait en témoigner ?
VIC
Bien sûr. Je laisse mes clés chez le concierge, de peur de les oublier.
INSPECTEUR
Vous avez réveillé concierge !
VIC
Non ! Son fils se lève très tôt pour aller travailler. Il me les donne quand nous nous croisons…
ADJOINT
À quelle heure part travailler le fils du concierge ?
VIC
Vers trois heures du matin.
INSPECTEUR
Et combien de temps faut-il pour aller du cabaret chez vous ?
VIC
Une demi-heure.
INSPECTEUR
Quelle heure avez-vous quitté le cabaret ce soir ?
VIC
Comme d’habitude…
INSPECTEUR
Non, pas comme d’habitude. Le patron vous a retenu jusqu’à 3 heures moins le quart. Tous les témoignages concordent. Vous êtes arrivé en retard et le fils du concierge était déjà parti travailler… C’est cela ?
VIC
Oui, vous avez raison. Je ne m’en souvenais plus…
INSPECTEUR
Qu’avez-vous fait alors ?
VIC
INSPECTEUR
Je vais vous le dire, ce que vous avez fait… Vous n’êtes pas rentré chez vous. Vous avez marché dans les rues, au hasard.
VIC
Oui, c’est cela, j’ai marché dans les rues au hasard.
INSPECTEUR
Et vous êtes allé dans un bar…
VIC
Non, je ne vais jamais dans les bars. Je n’aime pas le genre de types qu’on y rencontre… (Un temps) J’ai voulu aller chez Mason. Mais je n’ai pas osé déranger… et j’ai marché dans les rues jusqu’à l’aube…
INSPECTEUR
Vous ne seriez pas plutôt retourné au cabaret ? VITE Au cabaret ? Pourquoi faire ?
ADJOINT
Nostalgie… Le revoir une dernière fois…
VIC
INSPECTEUR
Vous ne voulez pas répondre ? Eh bien moi, je vais vous dire ce que vous avez fait. Vous êtes revenu au cabaret. Corbinelli était seul. Vous vous êtes approché de lui, vous avez tendu vos mains et vous avez serré…
ADJOINT
Vous en vouliez tellement à Corbinelli. Ce n’était pas seulement votre numéro qui voulait changer, c’était tout votre personnage.
INSPECTEUR
Il en avait assez de vous, de vos manières, de votre accoutrement, de votre vernis à ongles, de votre rouge à lèvres, de vos faux cils…
ADJOINT
Chef !

Ils sortent.

SCENE 26
Inspecteur, adjoint, la journaliste.

INSPECTEUR
Ah ! Mademoiselle Corbinelli !
KATE
Mike !
ADJOINT
Euh !
KATE
Mike ! La chorale des petits paroissiens de San Pedro !
ADJOINT
KATE
Si si si ! Mike ! Tu n’as pas changé ! Tu sais, avec une culotte courte, tu serais tout à fait le petit Mikie qui j’ai connu autrefois !
INSPECTEUR
Mademoiselle Corbinelli, je voudrais vous poser quelques questions…
ADJOINT
Euh, inspecteur, vous faites erreur. Je vous présente Kate Maureen.
INSPECTEUR
Ah ! Kate Maureen… Vous ne seriez pas journaliste au Globe.
KATE
Si…
INSPECTEUR
Dites-moi, vous n’auriez pas vu mademoiselle Corbinelli ?
KATE
Non, mais demandez à Slim, il doit savoir.
INSPECTEUR
OK. On y va, Mike.
ADJOINT
Tu es sur une piste sérieuse ?
KATE
Hum, hum… Et toi ?
ADJOINT
Hum, hum… c’est vrai. On fait presque le même métier.
KATE
Presque.
INSPECTEUR
Slim, vous n’auriez pas vu mademoiselle Corbinelli ?
SLIM
Elle ne devrait pas tarder. Vous pouvez l’attendre dans son bureau. Vous êtes sur une piste ?
INSPECTEUR
Pour moi c’est assez clair…
SLIM
Faites excuse, Inspecteur. Mais… M’est avis que vous ne comprendrez pas tout.
INSPECTEUR
C’est sûr… il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas comprendre… La provenance de ce whisky par exemple… et la composition de ces pastilles… À propos, Mike, vous en voulez une ? Mike !
ADJOINT
Oui, chef !

Ils vont dans le bureau de Sophia.

SCENE 27
Dans le bureau
Inspecteur, adjoint, Sophia.

Sophia entre dans le bureau où les inspecteurs l’attendent.

INSPECTEUR
Dan Spency, police fédérale.
ADJOINT
Mike Hawkins, police également.
SOPHIA
Je m’en doutais…
INSPECTEUR
Mademoiselle Corbinelli, je voudrais vous poser une première question… (L’adjoint éternue) Faudrait vous couvrir, mon p’tit Mike !
ADJOINT
Pour vous couvrir, chef, vous êtes très fort…
INSPECTEUR
On en reparlera dans quelques années, mon petit Mike… Si on ne vous a pas descendu d’ici là…
ADJOINT
Vous étiez au cabaret le soir du crime ?
SOPHIA
Je viens tous les soirs.
ADJOINT
Ah oui ! C’est vrai.
INSPECTEUR
À quelle heure êtes-vous arrivée au cabaret ?
SOPHIA
Minuit et demi.
INSPECTEUR
(ETERNUANT) Pardon ?
SOPHIA
Minuit et demi.
INSPECTEUR
Vous voulez bien noter, Mike.
ADJOINT
Oui, chef !
INSPECTEUR
Votre père était dans la salle ce soir-là, vous avez eu une violente discussion avec lui.
SOPHIA
Pourquoi violente ? Nous avons discuté simplement.
INSPECTEUR
De quoi ?
SOPHIA
De choses et d’autres…
ADJOINT
Il vous a fait part de son intention de changer les numéros du cabaret ?
SOPHIA
Mon père ne me parlait jamais de ses affaires.
INSPECTEUR
Donc, quand vous êtes arrivée au cabaret, à minuit…
SOPHIA
Minuit et demi.
INSPECTEUR
Oui, c’est bien ce que j’ai dit. Et en arrivant vous avez croisé maître…
ADJOINT
Cunningham.
INSPECTEUR
C’est ça ! Cunningham, maître Cunningham, qui, lui, a quitté le cabaret à minuit.
SOPHIA
Il était minuit et demi, inspecteur.
ADJOINT
De quoi avez-vous parlé avec Cunningham ?
SOPHIA
Je n’ai jamais parlé à cet homme.
INSPECTEUR
Vous mentez ! Barrett vous a vus. De plus, le lendemain du crime, vous avez discuté pendant plus d’une heure avec lui.
SOPHIA
C’est exact, nous avions quelques problèmes à régler.
INSPECTEUR
Quel genre de problèmes ?
SOPHIA
Des problèmes de succession.
ADJOINT
Vous découvrez le cadavre de votre père est dans la demi-heure qui suit vous régler la succession avec l’avocat. Vous ne perdez pas de temps !
SOPHIA
INSPECTEUR
Vous voulez une pastille, ça vous remettra… Vous aviez de bons rapports avec votre père ?

Silence de Sophia, l’inspecteur va vers Mike.

Et vous, mon petit Mike, vous avez de bons rapports avec votre père ? Quand vous le rencontrez, vous parlez de quoi ?

ADJOINT
De choses et d’autres.
INSPECTEUR
Bien sûr, mais votre père n’a pas de fortune.
ADJOINT
Non.
INSPECTEUR
Consolez-vous, le mien non plus.
SOPHIA
Vous avez d’autres questions à me poser, inspecteur ?
INSPECTEUR
Oh ! Excusez-moi !
ADJOINT
Pourquoi depuis sept ans, vous venez tous les soirs assister à la revue ?
SOPHIA
ADJOINT
Vous ne répondez pas ?
SOPHIA
Disons que c’est pour voir mon père…
ADJOINT
Ou votre amant ?
SOPHIA
ADJOINT
Vous êtes bien la maîtresse de Mason ?
SOPHIA
INSPECTEUR
Ça y est, Mike, j’ai trouvé ! Ce sont les pastilles qui me font éternuer !
SOPHIA
Vous faites fausse route, je n’ai pas tué mon père.
ADJOINT
Mais, Mademoiselle, nous sommes certains que vous n’avez pas tué votre père. Vous ne voudriez pas vous salir les mains… Mais vous en avez peut-être eu l’idée, vous en avez peut-être même donné l’ordre, à un homme de confiance, comme maître Cunningham…
INSPECTEUR
Pour vous payer une lune de miel avec votre petit ami, Mason.
SOPHIA
Je n’ai jamais rien eu affaire avec Cunningham… ni avec Mason…
ADJOINT
Pourtant, si vous avez accepté de garder le cabaret, c’est que vous avez pu obtenir certains appuis. L’appui de Morris, par exemple.
INSPECTEUR
Mike !
ADJOINT
Vous ne vous en tirerez pas comme ça. Nous saurons faire tomber Cunningham et les hommes qui le protègent !
INSPECTEUR
Mike ! L’enquête ne dépassera pas les murs du cabaret !
ADJOINT
Mais, chef…
INSPECTEUR
Suffit, Mike ! Une pastille, Mademoiselle ? Nous n’avons pas encore assez de preuves contre vous, mais avouez que le soir du crime, il y a eu beaucoup de coïncidences…
SOPHIA
Je n’avoue rien.
INSPECTEUR
Mike ! On y va !
ADJOINT
Ouais…
INSPECTEUR
Mademoiselle Corbinelli, une dernière chose… Si vous êtes enrhumée, n’achetez jamais ces pastilles !

Sortie des deux inspecteurs.

SCENE 28
Tueurs.

SCENE 29

Flash-back n°2.

SCENE 30
Dans les loges
Diana 1, Diana 2, Reagan.

Diana 1 et Diana 2 se maquillent dans les loges.

DIANA 1
Faudra pas oublier d’écouter le discours de Morris, cette nuit.
DIANA 2
Tu l’écouteras si tu veux, moi j’ai pas envie de perdre mon temps !

Entre Reagan.

REAGAN
Ohé ! Y’a quelqu’un ?
DIANA 1
Tu le connais, toi ?
DIANA 2
Non. (À Reagan) Vous voulez voir quelqu’un ?
DIANA 1
Ah ! C’est pas vous le copain de Slim ?
REAGAN
Slim ? Ouais, Ouais, c’est moi.
DIANA 2
Vous êtes un ami de Slim ? Et ça fait longtemps que vous le connaissez ?
REAGAN
Oh ! Oui, c’est un vieux copain…
DIANA 2
Ah ! Oui ! Et vous l’avez connu où ?
REAGAN
Oh ! Vous savez… ça remonte à si loin ! C’était au temps où…
DIANA 1
Oui ?
REAGAN
Enfin, tout ça, c’est une vieille histoire. Et vous, vous travaillez ici ?
DIANA 1
Oui.
REAGAN
Vous êtes rentrées comment ?
DIANA 1
Oh, bah, par piston.
REAGAN
Ouais, ouais, je vois. Et le public, il accroche avec vous ?
DIANA 1
Avec moi surtout.
REAGAN
Et avec elle ?
DIANA 1
Moins…
DIANA 2
Vous voulez pas vous asseoir en attendant qu’il arrive ?
REAGAN
Qui ça ?
DIANA 2
Ben Slim.
REAGAN
Ah oui ! Sacré Slim… Oh ben, c’est pas de refus… merci.
DIANA 2
Et comment vous vous appelez ?
REAGAN
Ah ! Parce que vous ne m’avez pas reconnu !
DIANA 1
ET
DIANA 2
REAGAN
Attends, attends… Et là ? Ça te dit rien ?
DIANA 1
J’y suis ! C’est vous qui êtes sur l’affiche pour Général Motors !
REAGAN
Ah ben non ! Celle-là, je l’ai pas eue !
DIANA 1
Ça alors, j’aurais pourtant juré !
REAGAN
Vous m’avez pas reconnu ? Je suis sur l’affiche du dernier spectacle des Marx !
DIANA 1
Le dernier spectacle des …
REAGAN
C’est ça, ouais. Je suis un peu caché par l’arbre mais on me reconnaît quand même.
DIANA 1
Vous êtes sur l’affiche des Marx…
DIANA 2
De qui ?
DIANA 1
Des Marx !
REAGAN
Brothers, bien sûr !
DIANA 2
Ah ! C’est curieux. Je ne vous remets pas du tout !
REAGAN
Et toi, tu me remets ?
DIANA 1
Oh moi, je fais qu’ça ! Et dites, vous pourriez leur parler de moi ?
REAGAN
À qui ?
DIANA 1
Bah, aux Marx, pardi !
REAGAN
Ah oui ! Mais vous savez… en ce moment… ils sont un peu fatigués. Ils ont besoin de se reposer… les salles de 3000 places, tu sais ce que c’est…
DIANA 1
Bah non !… J’aimerais bien…
REAGAN
Tu sais… au bout d’un certain temps, on ressent, euh, le besoin de retourner aux sources, tu comprends ?… Retrouver l’ambiance de ses débuts, les petits cabarets de Broadway… là où c’était dur… Là où c’était vrai… un endroit une peu comme ici, tu vois quoi… vous n’auriez pas besoin d’un p’tit numéro de danse ou de claquettes ?...
DIANA 2
Vous savez, des danseurs, ici, on a ce qu’il faut…
REAGAN
Je parie que vous n’avez pas de magicien…
DIANA 1
Bah, il est moins drôle que vous, mais on n’en a un.
REAGAN
Ouais. C’est ça qui est dur ! Il faut être drôle en plus… alors pas de danseurs… pas de magicien… qu’est-ce que je pourrais faire ? Tiens, un balai ! Je ne sais pas moi ? Un p’tit numéro comme ça…, hop, hop, hop, et voilà !
DIANA 1
Ben, c’est un balayeur quoi !
REAGAN
Et… y’a pas besoin ?
DIANA 2
Ben, y’a Slim…
REAGAN
Ah oui… Slim !… Bien sûr… Sacré Slim !… Et… Un verre peut-être… je l’attrape, hop ! Je le plonge dans l’eau et hop ! Je le ressors et le voilà tout propre, impeccable… y’a pas besoin de ça, non ?
DIANA 2
Bah, y’a Slim
REAGAN
Ah oui. Slim… sacré slim !…
DIANA 2
Oui. Il est dévoué.
REAGAN
Oh ça, pour sûr… Enfin, parce qu’en ce moment, je sais pas ce que j’ai, j’ai vraiment envie travailler…
DIANA 2
Oui, je sais, il faut manger…
DIANA 1
Pas trop quand même, sinon…
DIANA 2
En ce moment, c’est pas toujours facile… travailler, on s’en passerait bien, Mais manger…
REAGAN
Non, ça, on peut pas s’en passer… Et… À manger… y’a pas ?
DIANA 2
Attendez, je vais essayer de vous trouver quelque chose…
REAGAN
Oui, enfin, de toutes façons… c’est provisoire… les Marx devraient pas tarder à me recontacter… D’ici là… bon, bah, salut les filles… Allez, à la prochaine. Et puis, rappelez-vous mon nom… je m’appelle Reagan… Allez… Salut !

Il sort.

DIANA 2
Pauvre type, ça ne doit pas être drôle tous les jours…
DIANA 1
Si seulement ça pouvait être vrai son histoire de Marx !

SCÈNE 31
Sophia, Kate.

KATE
Mademoiselle Corbinelli ! Depuis le temps que je vous cherche… Ce coup-ci, je ne vous lâche plus ! (Elle s’assoit) Oh là là ! Je suis complètement KO. Le discours de Morris m’a tuée. Il est assommant, vous ne trouvez pas ?
SOPHIA
KATE
Oh ! Je vous dérange. Vous étiez en train de ranger !
SOPHIA
KATE
Qu’est-ce qui vous est arrivé ? Vous êtes tombée ? Vous êtes pleine de sang… Vous avez été battue… Hein ? Venez vous asseoir… Qui vous a attaquée ? Ils étaient combien ?… Vous les connaissiez ?… Surtout ne répondez pas, vous allez vous fatiguer… attendez, je dois avoir un peu d’alcool sur moi… Voilà… ça pique un peu, hein ? Aller soyez courageuse !… Racontez-moi ce qui s’est passé.
SOPHIA
Jamais… jamais il ne me… Jamais je n’arriverai à leur échapper…
KATE
Mais qui ? Vous les connaissez ?
SOPHIA
Il y a eu une Krüger… et puis mon père… et maintenant c’est moi… Ah ! Je voudrais tellement fuir tout cela…
KATE
Qui est Krüger ?

Sophia tourne de l’œil.

Je vais appeler un médecin.

SOPHIA
Non !
KATE
Il faut au moins alerter la police.
SOPHIA
Ceux-là ! Laissez-les où ils sont !
KATE
Vous n’avez pas quelqu’un qu’on pourrait prévenir ?
SOPHIA
Non.
KATE
On ne peut rien faire ?
SOPHIA
Il y a dix ans... À l’époque, le cabaret à la mode s’appelait « La boîte magique »… Je ne sais pas pourquoi… et Il appartenait à un certain Dixon… Et dire que mon père le prenait comme modèle… Les numéros étaient tous d’une très grande qualité… Un des artistes s’appelait Krüger… J’allais assister à son numéro tous les soirs… c’était un marionnettiste extraordinaire.
KATE
Marionnettiste ? Comme Terry Mason ?
SOPHIA
Oui.
KATE
Mais quel rapport avec ce qui vous est arrivé ?
SOPHIA
Nous avions décidé de quitter New York…
KATE
Nous ?… Vous et Krüger ?
SOPHIA
Oui.
KATE
Vous n’aimiez pas New York ? Pourtant c’est une belle ville… c’est une ville tellement… moi, j’adore New York… Il s’y passe tellement de choses ! Ça bouge !
SOPHIA
C’était devenu insupportable. Pour lui, pour moi… mon père, Dixon, tout ce milieu…
KATE
Et vous n’êtes pas partis ?
SOPHIA
Non. Un soir, on a découvert Krüger mort dans sa loge. On lui avait coupé les deux mains…
KATE
Mon dieu ! Mais c’est horrible ! Ma pauvre ! Mais pourquoi ? Pourquoi !
SOPHIA
Krüger avait du charme. Dixon a voulu le mêler à un trafic d’influence. Il pensait se servir de lui pour s’assurer le silence d’un juge. Krüger a refusé.
KATE
Et ils l’ont tué…
SOPHIA
Oui.
KATE
Et vous pensez que ce sont les mêmes qui ont tué votre père et qui vous ont agressée ?
SOPHIA
Je n’en sais rien. Mais que ce soit eux ou d’autres, c’est la même chose… je déteste ces gens… Je déteste tout ce qu’ils font.
KATE
Sophia, vous ne pouvez pas rester ici. Partez, vendez son cabaret…
SOPHIA
Trop de choses me retiennent ici. Tant qu’ils ne m’auront pas tuée, je le défendrai.
KATE
Bravo, Sophia. J’aime vous entendre parler ainsi. Allez, je vais vous laisser vous reposer. On se reverra tout à l’heure, hein ?
SOPHIA
Oui. Je serai dans la salle.
KATE
Moi aussi.

La journaliste sort du bureau et va dans la salle, pensive. Le magicien paraît soudainement.

SCÈNE 32
Journaliste, Mason.

MASON
Ne vous inquiétez pas, elle s’en remettra.
KATE
Comment savez-vous ?
MASON
Je sais beaucoup de choses.
KATE
Des choses qui pourraient… m’intéresser ?… Par exemple, ce que peuvent signifier les mots « boîte magique ».
MASON
Au sens propre, « boîte magique » désigné un accessoire habituellement utiliser dans la prestidigitation pour faire apparaître ou disparaître divers objets. Mais « boîte magique » peut-être employé pour bien d’autres choses encore…
KATE
Pour un cabaret par exemple…
MASON
Par exemple.
KATE
Et quel est le rapport entre votre boîte magique retrouvée sur le cadavre de Corbinelli et le cabaret de Dixon ?
MASON
Un meurtre.
KATE
Vous voulez dire que celui qui a tué Krüger a également tué Corbinelli…
MASON
J’ai dit un meurtre, pas un meurtrier.
KATE
Dites donc, avec vous, il faut savoir lire entre les lignes…
MASON
Les lignes de la main…
KATE
Mais non, pas celles-là !
MASON
Pourtant…
KATE
(APRES UN TEMPS DE REFLEXION) Je crois que je commence à comprendre ? Vous m’avez bien rendu service.
MASON
Ce n’est pas à vous que j’ai voulu rendre service. (Il sort)

Pendant cette scène Mason est entré dans les loges.

SCÈNE 33

Flash-back n°3.

SCENE 34-A
Sur scène
Diana 1, Diana 2.

Première partie du numéro des Diana.

SCENE 35-A
Dans les loges
Slim, Mason.

Mason est dans les loges. Slim entre avec une bouteille et deux verres.

MASON
Je n’ai pas très envie de rentrer chez moi ce soir.
SLIM
C’est sûr ! Avec cette histoire, on se sent tous un peu bizarres. Allez, je vais te servir un verre… Serré, hein ? C’est du bourbon… du vrai… faut dire que c’est Burny qui me le procure… tu l’aimes ?
MASON
Il arrache !
SLIM
Le patron aussi il aimait bien. Si je tenais l’enfant de salaud qui… À la tienne.
MASON
À la tienne.

SCÈNE 34-B

Deuxième partie du numéro des Diana.

SCÈNE 35-B

MASON
Tu vois, il y a des gens qui boivent pour oublier moi je bois pour me souvenir. (Un temps) Je pense au cabaret de Dixon. Tu étais déjà barman… moi, j’étais journaliste au Daily…
SLIM
C’était le bon temps…
MASON
On avait dix ans de moins… Je passais mes journées à traîner dans les rues de Broadway… Il y avait toujours un chauffeur de taxi qui racontait le dernier potin du jour…
SLIM
Faut dire qu’il s’en passait des choses à Broadway en ce temps-là. Je travaillais déjà pour Corbinelli. J’étais tout gosse : j’avais quoi 17 ans. Pas plus. Mais je demandais pas mon reste, hein… quand il y avait un sale coup, j’étais pas le dernier. Il y en a eu de sacrées bagarres, Tu sais…
MASON
C’était surtout la nuit que je venais à Broadway, toutes ces lumières, tous ces gens… on faisait des rencontres dans les cafés, des types extraordinaires qui avaient des tas d’histoires à raconter…
SLIM
Ma mission la plus dure, ça a été quand Corbinelli m’a demandé d’aller espionner dans le cabaret de Dixon. Ah ! Ces deux-là ! C’était la guerre entre eux ! C’est comme ça que je suis devenu barman.

SCÈNE 34-C

Troisième partie du numéro des Diana.

SCÈNE 35 C
Slim, Mason.

MASON
Tu te souviens du marionnettiste ?
SLIM
Le plus beau numéro que j’ai vu, c’était celui de ces deux filles… les Perroquet’s Girls, qu’elles s’appelaient. C’était deux filles superbes… Surtout la blonde.
MASON
Son numéro, c’était trois fois rien… il était tout seul en scène. Mais dans ses mains, il y avait tous les univers possibles… il les faisait surgir au gré de sa fantaisie… et on y croyait…
SLIM
Après son numéro, elle venait souvent boire… Je peux te dire que question bourbon, elles s’y connaissaient…

Un temps.

MASON
Tu as une cigarette ? Ça fait longtemps que je n’ai pas fumé… Quand j’étais journaliste, je devais bien fumer deux paquets par jour… Avec mon numéro, j’ai dû m’arrêter.
SLIM
Tu as bien fait de changer de métier… Pour un journaliste, tu manquais plutôt de culot…
MASON
C’est vrai… ! J’ai dû écrire une bonne dizaine d’articles sur Krüger, mais je ne lui ai jamais parlé. (Un temps) Le jour où, avec mes mains, j’arriverai à jouer avec la fumée, je serai aussi bon que lui…
SLIM
C’était quand même un homme réglo.
MASON
Qui ? Krüger ?
SLIM
Non, Corbinelli. Tu vois, quand il a ouvert ce cabaret, il m’a engagé comme barman. Pourtant, il aurait pu me lâcher… Au cabaret de Dixon, je n’ai rien appris important. Eh bien non, il m’a gardé quand même. Oui, il était réglo. Je me demande ce qu’on a bien pu lui reprocher…
MASON
Je me demande ce qu’on a bien plus reprocher à Krüger. Un temps Tu ne trouves pas qu’il y a une drôle d’odeur dans le cabaret depuis quelques temps ?
SLIM
Tu veux dire : depuis la mort du patron ?
MASON
Oui.
SLIM
Je te l’ai dit : tout le monde est devenu bizarre… Bon, faut que je rentre… Je ne me sens plus à l’abri ici. Pourtant, c’est un peu comme si c’était chez moi.

Il sort.

SCÈNE 34-D

Chanson des Dianas.

SCÈNE 36-A
Dans les loges

Mason est déjà là. Le magicien, Boris Lawrence, entre.

LAWRENCE
Est-ce que vous avez finalement découvert l’assassin ?
MASON
Oui… Un temps. C’est un certain Krüger…

SCÈNE 37

Flash-back n°4.

SCÈNE 36-B
Dans les loges

LAWRENCE
Mais Krüger est mort…
MASON
J’ai mis longtemps à mon rendre compte.
LAWRENCE
(SORTANT LE GANT) Qu’est-ce qu’on en fait ?
MASON
Je pense que vous le savez maintenant.
LAWRENCE
J’étais sûr que nous nous tomberions d’accord… À propos, ce soir, il faudra être particulièrement brillant. Nous avons deux de spectateurs de choix.

SCÈNE 38-A
Dans le bureau
Inspecteur, adjoint.

L’inspecteur est assis au bureau. Il compte la caisse. L’adjoint entre en mimant l’avocat.

INSPECTEUR
(MIMANT CORBINELLI) J’espère que vous avez eu assez de temps pour le trouver.
ADJOINT
Eh bien justement… vous devez comprendre que… enfin je pense que vous comprendrez qu’en deux heures… nous pouvons trouver un arrangement… monsieur Morris serai tout disposé à vous rencontrer.
INSPECTEUR
Je me moque de Morris, et je veux mon argent.
AVOCAT
Monsieur Corbinelli, j’insiste… Vous pourriez regretter votre manque de coopération.
INSPECTEUR
Je veux mon argent !
AVOCAT
Vous semblez ne pas avoir compris, Monsieur Cordier Nelly que je suis pas à votre service. Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous !
INSPECTEUR
Vous n’êtes pas de taille : vous jouer les durs mais si je vous pressais le nez, il en sortirait du lait.
AVOCAT
Espèce de vieux débris puant !

Il lui saute dessus.

INSPECTEUR
Mike !… Qu’est-ce qui vous arrive ?… (Un temps) Bon… De toute façon, c’est idiot cette histoire… Cunningham n’avait pas intérêt à tuer Corbinelli.
AVOCAT
En période électorale, Morris ne lui aurait jamais pardonné.

SCÈNE 39 A
Dans la salle
Journaliste, Mason.

La journaliste entre et joue avec le micro. Elle tente de chanter et se met à danser. Mason entre.

KATE
Oh !… Pardon…
MASON
Continuez, je vous en prie.
KATE
Oh… non ! Non !…
MASON
Vous vous en sortez pas mal.
KATE
Vous trouvez ? (Rire) Mais moi, je resterai journaliste…
MASON
Vous êtes au courant ?
KATE
Oui. En faisant des recherches, j’ai découvert que vous aviez été journaliste autrefois. Vous écriviez pas mal…
MASON
Vous avez lu tous mes articles ?
KATE
Non, quelques ans seulement. Un temps. Vos reportages sur « La boîte magique »…
MASON
Ah !...
KATE
C’est à cette époque que vous avez connu mademoiselle Corbinelli ?
MASON
Non, je ne la connaissais que de vue…

SCENE 38-B

INSPECTEUR
(JOUANT LA FILLE) Papa !…

Mike éclate de rire. L’inspecteur redevient inspecteur.

Mike ! Je vous en prie !

ADJOINT
(RESTANT MIKE) Pardon chef…
INSPECTEUR
(REDEVENANT
SOPHIA
) Je peux te parler ?
ADJOINT
Je suis occupé.
INSPECTEUR
Il paraît que tu as demandé à tous les artistes de changer de numéro.
ADJOINT
Exact. Ce cabaret devenu une véritable pension de famille. Personne n’a l’air de se rendre compte que le monde a changé.
INSPECTEUR
Pour toi, ce cabaret avec une couverture. Pour eux, c’est toute leur vie. Est-ce que tu as pensé à Vic, à Mason ?
ADJOINT
Je ne savais pas que tu t’intéressais à Vic…
INSPECTEUR
Je ne m’intéresse pas à Vic, je…
ADJOINT
C’est Mason qui t’intéresse…
INSPECTEUR
S’il part, je te préviens, je ne remettrai plus jamais les pieds ici !
ADJOINT
Je n’ai pas l’habitude de céder au chantage !
INSPECTEUR
Tu ne peux pas comprendre ce qu’il représente pour moi !…
ADJOINT
Tu ne m’as jamais rien dit.
INSPECTEUR
Tu ne m’as jamais posé de question…
ADJOINT
Mais si… Tu es comme ta mère !
INSPECTEUR
Ah ! Ne me parle pas ma mère !
ADJOINT
Tu me détestes, n’est-ce pas ?
INSPECTEUR
Tu es mon père…
ADJOINT
(REDEVENANT
ADJOINT
) Eh oui, c’est son père.
INSPECTEUR
(REDEVENANT
INSPECTEUR
) Eh oui.
ADJOINT
Même pour Mason, elle ne l’aurait pas tué.
INSPECTEUR
Eh non.
ADJOINT
Et pourtant, elle avait beaucoup d’admiration pour lui.

SCÈNE 39-B
Dans la loge

MASON
Est-ce qu’il vous est déjà arrivé d’avoir beaucoup d’admiration pour quelqu’un ?
KATE
MASON
Moi, j’ai beaucoup admiré un artiste autrefois.
KATE
Un artiste de « La boîte magique ».
MASON
Oui.
KATE
Krüger ?
MASON
Oui… C’était un type formidable…
KATE
Vous lui avez consacré presque tous vos articles à l’époque.
MASON
C’est vrai.
KATE
Vous en parliez très bien.
MASON
Je n’ai pas su dire à quel point…
KATE
C’est lui qui vous a donné envie de faire du music-hall ?
MASON
En quelque sorte, oui. Ça n’a pas été facile…
KATE
J’imagine…
MASON
Mais jamais, je ne deviendrai l’égal de Krüger.
KATE
Vous y êtes retourné à ce cabaret, depuis ?
MASON
Non…

SCÈNE 38-C
Dans le bureau

INSPECTEUR
(JOUANT CORBINELLI) Tiens, vous êtes encore là ?…
ADJOINT
(JOUANT VIC) Je suis revenu voir une dernière fois le cabaret.
INSPECTEUR
Pourquoi ? Vous nous quittez, mon petit ?
ADJOINT
Je ne veux pas travailler avec des gens qui ne m’acceptent pas.
INSPECTEUR
En période de crise, la concurrence est très dure. L’époque n’est pas tendre pour les faibles.
ADJOINT
Vous avez tort de me parler comme ça…
INSPECTEUR
Je suis sûr que vous trouverez du travail ailleurs.
ADJOINT
Et… si c’était vous qui partiez ?
INSPECTEUR
Moi ! (Il rit)
ADJOINT
Oui… Partir… Partir…
INSPECTEUR
(CONTINUANT DE RIRE) …
ADJOINT
Mais… partir définitivement…
INSPECTEUR
Mais pourquoi partirais-je ?
ADJOINT
Mais parce que je vais vous tuer !… (Un temps. Redevenant l’adjoint) Je n’y arrive pas.
INSPECTEUR
(REDEVENANT L’INSPECTEUR) Bien sûr ! Vic est trop faible.
ADJOINT
Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire… Au contraire… en un sens, il fait preuve d’un certain courage.
INSPECTEUR
Bof.
ADJOINT
Vous ne l’aimez pas ?
INSPECTEUR
Il m’agace.
ADJOINT
Dites plutôt qu’il vous trouble.

L’inspecteur éternue.

SCÈNE 39-C
Dans la loge

KATE
C’est troublant cette mort de Krüger. Vous avez su qui l’a tué ?
MASON
On dit que ce sont les hommes de Dixon.
KATE
C’est ce que Sophia pense aussi…
MASON
Sophia…
KATE
Vous savez qu’elle vous admire beaucoup. Elle vient vous voir tous les soirs. C’est une sacrée fidélité, ça !...
MASON
Je crois que c’est à Krüger qu’elle est restée fidèle.
KATE
Comme vous…
MASON
Oui.
KATE
C’est comme si vous le faisiez revivre tous les soirs.
MASON
Oui. Et Corbinelli a voulu le tuer une deuxième fois… Mais cette fois il a su se défendre.
KATE
Mais Krüger, c’est vous ?
MASON
(MONTRANT SA MAIN) Non, c’est elle…
KATE
En tuant Corbinelli, vous vous êtes débarrassé d’un mauvais souvenir… (Mason ne répond pas) Rassurez-vous, je ne dirai rien.
MASON
C’est stupide, pendant un moment, j’ai cru que c’était Krüger qui l’avait tué. Pas moi. J’ai vécu dix ans dans son ombre. Maintenant, je sais que c’est moi. Et je veux que cela se sache.
KATE
En mettant la boîte magique sur la tête de Corbinelli vous le vouliez déjà. Il vous a fallu beaucoup de courage…

SCENE 39-D

Pendant cette scène, scène 38 D, muette, les inspecteurs miment le meurtre de Corbinelli.

MASON
Je n’avais jamais osé franchir sa porte, vous comprenez, on hésite toujours à se retrouver face à face comme ça avec quelqu’un qu’on a vu sur scène pendant des années… J’avais peur d’être déçu. Mais j’hésitais. Et un soir, enfin, je me suis dit : « Il faut que tu y ailles. Il le faut ». J’ai poussé la porte, la loge était plongée dans la pénombre. Je l’ai vu, il me tournait le dos, il était assis. Je me suis approché. Il était affalé sur la table. J’ai cru qu’il dormait. Enfin… pas qu’il dormait, qu’il se reposait après son numéro. Je me suis encore rapproché et quand j’étais tout prêt de lui, j’ai vu ses mains… Enfin, ses mains… C’était horrible… On lui avait… Ses mains… Elles étaient si belles, si fines… Il en faisait ce qu’il voulait. Et elles étaient là. Et lui… il ne bougeait plus. Il était mort…
KATE
Ne pensez plus à tout cela, c’est fini maintenant.

Un temps.

MASON
Je vous offre un sacré scoop.
KATE
J’en aurais préféré un autre…

SCÈNE 38-E
Dans le bureau
Inspecteur, adjoint.

INSPECTEUR
Bien sûr, Mason ferait un bon coupable. Il a un mobile parfait. En tuant Corbinelli, il partage l’héritage avec la fille et ils se la coulent douce jusqu’à la fin de leur vie… Seulement, ça ne fait pas un bon assassin, un type si calme…
ADJOINT
Pourtant, tous ses sketchs parlent de crimes… Ça prouve bien qu’il est attiré par la violence. Il suffirait d’un rien pour qu’il passe à l’acte.
INSPECTEUR
Malheureusement, nous n’avons aucune preuve.

SCÈNE 40
Dans la salle
Slim, journaliste.

Slim est au bar, la journaliste arrive.

KATE
Je peux téléphoner ?
SLIM
Bien sûr.
KATE
Allô, Mitchel ? Kate à l’appareil. Bon, tu me réserves la première page de l’édition… Oui, oui, un scoop terrible… Le coup de ma carrière… Si, si. Tu notes : je te dicte le titre, en gros, hein, en très gros : « Le gros bonnet de la mafia tué par un petit marionnettiste ».
SLIM
Mason ?
KATE
Eh oui.
SLIM
J’aurais préféré que ce soit quelqu’un d’autre…

Il sort.

KATE
(REPRENANT LE TÉLÉPHONE) Si, si, il a avoué. La police, non, pas encore. Justement, on sera les premiers… En sous-titre, tu mets : « Le marionnettiste du cabaret de Corbinelli avoue son crime ». On pourra passer dans la prochaine édition, tu penses ? OK. Tu es un amour. Je t’embrasse. À tout à l’heure !

SCÈNE 41-A
Dans les loges
Inspecteurs, Mason.

Les inspecteurs entrent dans la loge de Mason.

INSPECTEUR
Monsieur Mason, nous aimerions vous poser quelques questions…
MASON
Entrez, messieurs. Je n’ai pas beaucoup de temps, je rentre bientôt en scène.
INSPECTEUR
Nous n’en avons pas pour très longtemps.
ADJOINT
Quelque chose nous chagrine, monsieur Mason.
MASON
Si je peux vous aider…
ADJOINT
Le soir du crime, Vic prétend qu’il n’a pas pu rentrer chez lui et qu’il a marché dans les rues un peu au hasard. Il a dit qu’il avait voulu aller chez vous, mais qu’il n’avait pas osé.
MASON
Vic est un peu timide…
INSPECTEUR
En réalité, il est allé chez vous. Votre concierge l’a vu. Mais il est ressorti tout de suite.
ADJOINT
Et savez-vous pourquoi il est ressorti tout de suite ?
MASON
Parce qu’il n’a pas osé frapper à ma porte…
INSPECTEUR
Non ! Parce que vous n’étiez pas chez vous… Et où étiez-vous ?
ADJOINT
Au cabaret.
MASON
Ou ailleurs…

SCÈNE 42

Numéro du magicien.

SCÈNE 41-B
Dans les loges
Inspecteurs, Mason et Lawrence.

ADJOINT
Quelles sont vos relations avec mademoiselle Corbinelli ?
MASON
Elles sont très bonnes…
ADJOINT
Vous êtes son amant, reconnaissez-le.
MASON
Vous êtes ridicule. Je n’ai jamais eu de rapport avec mademoiselle Corbinelli.
ADJOINT
Pourtant nous sommes persuadés que vous avez tué son père pour partager l’héritage avec elle.
MASON
L’héritage !

Le magicien entre.

MASON
Excusez-moi, messieurs, je dois entrer en scène.
ADJOINT
Allez-y, allez-y. Il faut bien que le spectacle continue…

Scène 43 Sur scène

Numéro de Mason.

Scène 44
Dans les loges

Arrestation de Mason.

Scène 45
Sur scène

Final.

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